Ca y est


Ça y est, on recommence, depuis le début,
toujours le même problème, que faire ?
Parler derrière la vitre, derrière la vitre, peu d'espace profond,
derrière la vitre la chaleur s'accumule en tas,
les lichens et les pieds d’alouette.
Qui prendra la décision d'arroser,
alors que la rivière est si loin, le puits si profond,
la soif intarissable
Quand tu as dit, de mon vivant, tout se passe sur le dos du chien,
tout se passera sur le dos du chien.
Le long de la voie ferrée, au fond de ces grandes gorges de pierres,
menant dans la roche au delà des ergs, 
dans un sens avance la colonne,
dans un sens va le chien.
Personne ne prend la décision d'arrêter, l'air chaud bloque sous le carreau,
chacun tentant de suivre les pas sans se soucier des pattes trottantes 
et des crocs croquants.
A la fraicheur de la nuit, l'ombre des bêtes s'étend,
celui qui caque des dents respire et attend.
Par dessus son dos les aurochs et les bisons gémissent
entre les hautes herbes, chacun regarde,
le fer est loin, le feu un souvenir.
Tous assis, le dos à la falaise, n'émettant 
que des désirs de poils et de graines.

N'importe où

N'importe où, hors du monde.
Pourvu que se soit hors du monde avec tout ce chargement
de sacs et de bidons, par dessus les portes bagages de toit
ou les remorques de routes.
Il a fallu plusieurs jours pour traverser le gué débordé,
aux alluvions collantes aux galets
sous le souffle des sifflements et des tirs à l'aveugle.
Au fond, le niveau est peu profond, les bacs glissent entre deux eaux,
celui qui est assis sur le bord regarde l'eau, celui qui est au fond regarde en haut.
Il y a un problème, la vitesse n'est pas en rapport avec la puissance consommée,
les empreintes sur la berge marquent le temps passé,
quand nous marchions encore résolus, décidés, innocents.
Il n'est pas trop tard pour pousser plus loin, gagner du temps,
gagner de la distances entre ces cibles mouvantes
et toutes ces nouvelles lettres aux adresses inconnues, inaudibles et incompréhensibles.
Le chemin de pierres, de bitume longeant le chemin d'eau,
le courant remontant le fleuve et le ruisseau englouti dans les égouts.
A chaque fois mes pieds perdent pied.
Je suis à deux doigts de me noyer dans cette flaque laissée une nuit de pluie,
une nuit où je n'ai pas dormi de deux heures à trois heures du matin,
endormi parmi les drapés, craignant  à chaque instant l'étouffement,
le retournement du matelas , le retournement tout court.




Les murs

Les murs mettent du temps a se réchauffer, à l'intérieur
des coquilles, rien de nouveau, les bruits obsessionnels
se sont tus, les bruits omniprésents se sont éteints 
De chez les voisins on ne voit rien, on n'entend rien. 
Trop tôt sans doute pour en tirer des conclusions 
sur la palissade.
Point de salut, au-delà de la palissade.
L'histoire commence, enfin, par des mots échangés
au-dessus de la palissade, quand, par une belle matinée
de rayons et de poussières, chacun de son côté
a tenté d'apercevoir les doigts des mains,
les ongles des doigts, les bras sous le tissus,
les veines sous le cuir.
Le début d'une histoire de mots échangés, pauvre vocabulaire
des gestes agités maladroits quand ni l'un ni l'autre
écoute l'autre pour communiquer sur le partage des taches
indélébiles étalées maladroitement.
Je suis obsédé par ce rêve déclinant le contact établi,
les distances abolies, la douceur des contacts,
ces mains touchant la chaleur du sang
répondu sur le linceul enveloppant la mémoire oubliée.
L'histoire n'est pas terminée, le réveil est douloureux.
Si tôt le matin, si loin de la nuit, je ne ferai pas demi-tour
pour aller chercher dans la nuit les restes hypothétiques
d'une rencontre. Par contre, je ferai bien demi-tour
pour aller chercher sous le sommier la poussière accumulée
des semelles, sans elle, les retours sont impossibles.
Elle a cette odeur diffuse des détails oubliés,
cette légèreté incolore transportant par transparence
ce qui n'est déjà plus.

Ils plantent des citronniers

Ils plantent des citronniers.
Le son est incessamment répété en continu.
Creuser, frapper, trancher, composer.
Faire du bien.
Reposer les mains.
L'appel sonne, quelqu'un cherche à appeler
pour parler des mots obligés, pour savoir si ils ont tout vu,
des racines, des pépins, des épluchures.
Arrêter le vent.
L'amertune, besoin de lumière, la fatigue qui étreint,
cette couleur hypnotisant, l'acidité du grain,
ce besoin de temps calme, doux, légèrement humide
autour des parterres de fleurs sous les feuilles.
Ils doivent aller voir la planification, les rangs seront serrés,
tuteurer avec les tuteurs et leur caoutchouc, respecter les distances.
Deux euros soixante dix huit centimes n'ont pas été compté
dans le bilan, le paisible est si proche, la douceur des mains lavées
avec l'eau du pluie  ne coute rien, que le seau monté du puits
au bout de la corde tendue à la verticale du fond des pierres mouillées
où résonnent grattements et claquements.

Où vont les chiens ?

Où vont les chiens?
Je me tiens prés au cas où, je dois trier
dans l'ordre, les arcs et les solives,
les dards et les solides.
Je dois impérativement aller pus vite,
l'accélération sera fulgurante,
le passage au point de contrôle laisse à peine le temps de souffler 
et le temps de passage aux portes largement dépassés depuis le dernier contrôle.
D'où viennent ils ?
Les espaces sont si lointains, les temps de parcours
si longs que la préparation psychologique est nécessaire.
Le guide d'évaluation guide les démarches.
Qu'en sera t il ? Quand l'évolution aboutira
à la perfection, l'eau pétillante aux bulles pures,
avec son message de bienvenue
adressé à tous les êtres vivants sous les ponts
et sous les rambardes de fer.
Qui est elle ? Celle qui ne vient qu'une fois par an,
un éclair opaque et sombre, éclairant à peine
le pas et le sas.
Des murmures éparpillés,
des ordres sous entendus,
à cacher en haut de la cuisse,
qu'il s'y passe quelque chose !

Longtemps, sans évoluer.

Longtemps sans évoluer, un bloc profond
à peine accessible, tout sera tenté.
Tout sera tenté pour éviter la profondeur,
les espaces lointains, la gravité.
Dans l'espace clos du vaisseau, le silence peut-être total,
les pas sans pied, les sons sans vibration, 
les écarts infimes entre les particules
et les écarts infinis entre les poussières.
Il n'y a plus que lui, il c'est plein de ne pas avoir eu du temps,
des temps raccourcis et des temps rétrécis.
La vitesse du son sur la lame du couteau, 
ça y est, il y est arrivé,
la vitesse des atomes sur l'anse du bol,
ça y est, il y est arrivé,
la vitesse de la lumière sur l'ombre de l'évier ,
ça y est, l'eau s'est évacuée.
Le temps d'infuser l'étoile,
l'étoile s'est dissoute
et dans l'espace clos du vaisseau
la poignée n'ouvre plus les vaisseaux aux flux ininterrompus
des particules responsables de la couleur de la peau.


Je n'ai pas eu l'impression

Je n'ai pas eu l'impression d'avoir eu une coupure.
Vivement qu'il parle à la télévision du sens
à donner aux multiples courants d'air et
qu'enfin après cette longue marche au milieu
des fougères, je puisse pénétrer la forêt sombre.
Je me suis assis devant la télévision quand
sur les orbites au-delà de la ceinture d'Orion,
les sondes rendirent un éclat pâle impossible
à ressentir sous le couvert.
Ne pas refaire, pile poil, ce qui a déjà été fait.
Faire avec le 29 décembre, les averses froides
d'eau froide, l'air entre les pieds des chaises,
la mésange accrochée à sa graine.
A coté, je n'ai pas vu du monde, vu et oublié la chaleur.
Au loin, j'aperçois des traces de mondes reliés
par une ligne éphémère, les brosses du ciel traversé
de poils échappés des cadavres d'objets volants.
Ce n'est pas le même contexte.
C'est long, c'est long.

Mord