Tout va bien, brume demain matin,
puis chaud sous les feuilles des muriers.
Une souris vient de passer entre les jambes,
soudain.
Rien entre les ombres, puis rien que des traces d'insectes
sur les feuilles perforées par les dents invisibles.
Un coup dans la vitre pour chasser l'importun,
vif.
Quelques bourdonnements agaçant autour des traces
mais oubliés quand tout se tait.
Un tac dans la boite marquant ce qui reste,
court.
L'envie de garder du liquide chaud
les bulles en suspension éclatées.
Le couteau sous la peau pour éplucher des lambeaux à cuire,
tôt.
Les bocaux dans le placard rangés par ordre des dates
sur la capsule perdent leur temps.
L'heure de manger des points noirs aux rideaux,
chut.
Tout va bien
J'accumule
au fin fond des petits vaisseaux éclatés sous la peau
derrière le lobe pariétal propice aux malentendus
et aux erreurs de diagnostique.
L'immense vaisseau tournant sur lui même crée si peu de fraicheur
au coureur aux pieds ensanglantés, les vents se sont tus.
Sa respiration s’interrompant toutes les soixante secondes,
l'air apporté par la rotation pénétrant jusque derrière hémisphère droit
est d'une aide insignifiante.
La spirale ondulante peut penser ce qu'elle veut
les axes de rotation s’entremêlent dans le vide sidéral,
ma pensée s'arrête aux dates données, avant ou après,
la date ne correspondent pas aux jours où pour toujours
le grand voyage s’organisera entre ici et la-bas .
Chacun s'occupe de ses intestins,
l'autre s'occupe de ses intestins,
la grande foule rassemblée s’occupe de ses intestins.
Tout prés, quelqu’un a vomi des paroles stupides,
chacun semblant oublier les mots
pour ne s'occuper que de ses intestins.
Rien ne va, ni les heures, ni les jours, ni la trajectoire.
Sous le couvert
ce n'est pas fini.
La lande se repend,
les petites branches s'arrêtent au bord,
le passage passe à travers.
Peu de chant, peu d'air, peu de gravite.
La compression est plus forte le long du ruisseau,
compensée par la fraicheur de l’humidité
et se scintillement aux ongles des pieds.
C'est reparti ! Nous n'avons jamais le temps, jamais le temps.
Nous verrons bien si elle sont bonnes même crues
pour faire face à la gestion de celui qui dort les yeux ouverts
sur le bord du drap.
Allongé sur la berge, le murmure du courant
enveloppe les plis, les rides de l'onde ondulante jusqu'au précipice.
Nous tombons, le peu de profondeur n'arrête pas la chute.
Nous tombons, la déclinaison emporte en bas de la vallée
les mains incapables de saisir l'épaisseur de l'air
et le murmure du chèvrefeuille.
Nous tombons sur les genoux, agenouillés sur les pierres tranchantes.
Le chemin s'arrête un peu plus haut, de la haut
l'ombre assombrie les couleurs, à la périphérie des collines
juste avant le grand trou tout au bout des éclats dispersés
le long de la route
pavée des miettes des comètes.
Tant de gens
survivants d'ondes tombant des grands pylônes
censés éclairer les esprit et apprendre à peine.
Les hautes herbes protégeant nos abris de fortune,
protégeant nos bras et nos jambes se sont éparpillées,
emportant avec elles nos pas, nos traces, nos chemises.
Les cosmos et les gouttes de sang ferment l'espace lointain,
tachent les tissus des robes plissées, les yeux plissés
en vain d'apercevoir une quelconque solution aux profondeurs.
Porter des bols jusqu'aux tiroirs, les soucoupes aux étagères,
ne pas penser qu'entre les murs et au delà des murs
les sons rebondissent sur les graminées fauchées.
Il n'y a pas entre les brins suffisamment de grains
pour construire une meule de pierre afin de convertir
les rails en crémaillère, les straps en genouillères.
J'appelle pour savoir si tout le monde est bien arrivé,
la porte refermée. Les draps sont détendus et rangés, séchés,
ils resserviront aux jambes des étendus, le visage recouvert
sans savoir, ni voir, ni sentir, ni ressentir
les délicates caresses du vent, de l'eau, du feu des brindilles desséchées.
Pas grand chose
Des lignes, des points, une barre et des copeaux.
Les écarts sont inconséquents, en conséquence
le temps est réduit au minimum.
A peine une seconde.
Les heures font moins d'une heure.
Une vie pour pas grand chose, à suivre le groupe,
au rythme des jours plus courts, surtout le soir
quand tombe l'obscurité, à peine éclairée par la lampe frontale
du veilleur perché sur la pointe du rocher surplombant
la vallée envahie par la nuit.
Le sommeil se réduit aux pulsations du cœur
et aux apnées régulières.
Les ogres sont si proches, l'éveil est nécessaire depuis notre arrivée
dans cette terre inondée si souvent de pluies diluviennes.
La fatigue est immense pour celui qui veille devant le trou noir
d'où ne s'échappe que les cris et les gémissements sifflés entre les dents
si pointues, si compactes, si tranchantes
que leur seule vue fait trembler la main du guerrier
où se tend une lame de métal forgée, il y a si longtemps
que depuis les premiers temps l'oubli de la forge
a permis aux survivants d'économiser les arts et la manière
et survivre de pierres, de bois, d'os, d'eau.
où est ma conscience ?
Où est ma conscience ?
L'appréhension des maux, des petites piques sur la peau sous la paupière
trouble les sens sous l'effet de la lumière crue du jour.
Les idées évanouies ont disparu derrière les hautes falaises de calcaire rongé,
les problèmes, bien-sur, se sont accumulés
problèmes d'orteil,
problèmes d’œil,
problèmes d'ongle.
Que faire des autres, de soi même c'est vraiment compliqué,
je n'arrive pas à me persuader de l’intérêt de m'occuper en fin de journée.
Déjà à dix heures les heures semblèrent longues,
ma perception amoindrie des muscles et des tendons entre mes doigts de pieds
et mes dents claquant sous l'effet du dysfonctionnement.
Me voilà allongé, moins lourd, les yeux écarquillés devant tant de beauté,
des plumes irisées,
des rameaux d'olivier,
des auréoles rosées.
Je reprends confiance, reprends du tonus, reprends une part de flan aux pruneaux.
Une légèreté m’envahit, à la vitesse de la lumière j’atteins les confins de l'univers
découvrant des formes sans nom, glissant sur des lianes de hautes fougères
entre les pétales d'une flore incandescente uniquement habillé d'or et d'argent.
Nous quittons la terre
Les pattes remplacent les pieds, les pieds ont abandonné la terre.
Tous attendent le temps long, les distances infinies la douleur du vide.
La lumière au plafond, les frais d'expédition,
n'entament pas l'optimisme général de l’expédition prête à passer du temps confiné
dans ce long vaisseau alimenté par les ondes invisibles de l’énergie cinétique.
Nous voilà réunis, les êtres sans souffle au centre,
les êtres sans esprit au centre,
les êtres sans conscience autour,
les êtres sans être en périphérie.
La rotation et l'apesanteur rendent compliqués les bavardages.
Dans ces langues aux salives postillonnées, chacun évite
les mots qui tachent, la transpiration collante,
pour que puisse se faire le grand saut dans l'univers au-delà.
Un jour viendra, la terre se fera à nouveau sentir entre les orteils,
les petites plantes pousseront sur les treillis dans ce jardin d'air et d'eau.
Sur le mur au fond du jardin s'alignent les urnes funéraires.
Quelque uns ont déjà oublié les noms gravés,
quand passent dans l'humidité du soir les corps évanescents.
Oublié les aventures épiques,
quand passent dans l'obscurité du crépuscule les âmes troublées.
Oublié les faits d'armes,
quand passent dans l'ombre de la nuit les esprits dérangés.
Je ne m'attend pas à te retrouver après tant de décomposition.