On ne représentent plus rien

On ne représente plus rien, les genoux n'écorchent plus
sur le ciment des bateaux
et les coudes jouent dans les imperméables de laine
bleue marine.
Que cherchent tu as me dire?
Avec ta bouche sèche et ces quelques syllabes incompréhensibles.
Je sais, ça va aller, on va y arriver, à finir comme toi
l'esprit déjà accroché aux détails des murs sans cesse plus proches.
Il ne reste bientôt plus que des peaux tachées,
la peau de l'ocelot, du jaguar,
la vielle peau brune du boa,
les taches sur la peau des bras, des mains, des doigts.
Par moment je n’entends plus rien,
je ne comprends plus rien et en plus
tout le monde arrive demain.
Il y a assez de bazar comme cela, assez pour écouter
l'éponge sur la table de la cuisine,
le pas sur le pave de la cuisine,
les traces du repas dans l'évier de la cuisine.

Les volumes s'équilibrent

Les volumes s'équilibrent, même sous les oreillers
le cerne des yeux sous la pupille dilatée traverse
la longue nuit des tombes pillées
après le passage des fers sur les pavés
de cette ancienne voie romaine
sans laquelle nous ne serions pas allé aussi loin.
Chacune est assise, un couteau et un pinceau,
du rouge pour la couleur,
du noir pour l'ombre du four.
Ne pas enregistrer et ne pas répondre,
ne pas y aller.
Ne pas se battre perpétuellement bâton contre bâton
ou plutôt se battre perpétuellement fer contre fer
pour assouvir notre soif de tranchant,
la lame aiguisée tranchant la veine et le drap
rangé tout en haut du placard taché des projets.

Ce n'est pas dedans

Ce n'est pas dedans, c'est en dehors.
Nous n'étions plus que vingt-quatre, tous dans la même photographie
a regarder à terre, sous les pierres si ne germaient pas les ongles des pieds.
Nous sommes le vingt et un, à force de chercher
les contrôles ont fini par aboutir  au même résultat ; des gens perdus
sous les feuilles avec leur sac et leur papier.
Recommençons !
Il y a quelque part quelque chose
qui compte pour nous, pour assurer le mur contre les aléas 
ou pour rendre compte des joints distendus.
La solution ne viendra pas des slips et des culottes
où se cache la mémoire des mains
et  si sur les étentes  sèchent les remords, 
la morsure de l'élastique sur le pli de la peau marque
la fin de l'endroit où j'aurais tant aimé planter le cornus sanguinéa
pour cacher une interprétation propice aux songes.

Hououou Hououou Hououou

Hououou Hououou Hououou
Les os n'ont pas percé la peau.
Les boyaux n'ont pas grogné sous la peau.
Je suis soulagé.
La situation traduit une nette amélioration.
Certain vont mieux.
Quand il a fallu partir, profiter des conditions idéales,
du beau temps, calme, tiède, une plaque est apparue
sous la lèvre, le moral n'est pas bon.
Une croute qui se détache, un liquide épais et blanc qui coule,
le bruit à nouveau dans le ventre où circule 
ces bouts bout à bout.
Je ne sais pas si c'est le moment, mais ce n'est pas terrible.
C'est où ? C'est beau !
En voyage côte à côte sans apercevoir l'autre coté,
ni les secondes troubles,
ni cette éternité du moment éternellement répétée
seconde après seconde.
Avant, rien. Après peut-être.
Tout de suite, la suite, le nerf coincé, la chair brulée, les inquiétudes.
Maintenant, la main qui tremble, dans l'oreille le bruit du temps,
le son de la cloche,
le cri des oiseaux,
l'appel inaudible sans une connexion sans fil.


Un endroit merveilleux

Un endroit merveilleux, où sans se presser,
les lucioles courent sous les trombes, échappant
aux pierres et aux trompettes.
Aussi loin que le regard porte, brillent les faux,
les champs ondulent, le terre pénètre la terre,
l’ornière garde l'eau, le silence présage.
C'est un monde de plaines courbes laissant le temps
d'apercevoir les abris sous roche et les manches des coins.
Les bruits s'oublient sous la mitraille,
ne sécheront pas les fruits aux écorces odorantes,
ni s'entendront les appels des chevaliers gambettes.
C'est parti ! Sous le pas s'évapore l'humidité,
glissent les pas entre les herbes et les ruines des ciments
abandonnés encore marqués par la trace des pieds nus
jusqu'au genoux.
Dans la boue, en haut des cuisses, de l'eau dans les poumons,
des bouts de bois dans les narines, la respiration courte,
peu de chance d'entendre le sifflement des canons
et le choc des obus.

Aprés cela

Après cela, il fait moins sombre pour la mission.
Remplit, l'objectif à peine visible
ne restera pas longtemps à portée de tir.
Sur les pierres de ciment
les baves glissent, avec la pince coupante
les liens tombent, mais les orteils aussi.
Comment prendre à revers sans bruit, sans ombres
avec pour seul désir de revenir au temps
des mûres et des hérissons.
S'approcher au plus prés, quand l'herbe humide
du matin ne séchera que sous l'effet de la brise
rend impossible l'effet de surprise.
La nuit les corps brillent
le jour les corps suent.
L'aurore aura encore sa chance.
Je m'y connais en course, remplir les sacs,
pousser entre les murs des colonnes et des bidons.
A chaque détour, recule .
En sortant attend, ta vie en dépend
de cette place qui t'es réservée
ou de celle où tu t'es garé.


Tu rêve !

Tu rêve ! Voilà le mauvais temps.
Surgira l'eau et le vent.
Les allongés sont toujours allongés.
Les pieds au bout contre rien.
Emportées avec la boue, les mains
n'attrapent plus rien.
Sont tombés les murs de pierres.
Emportées vers le bas des murs
les pierres brisèrent les murs.
Les troncs couchés n’arrêtent
que l'eau et le vent traverse
les membres éparpillés.
Ils ne disent plus rien.
Les jambes courent après les bras tendus
pendues aux branches des pins parasols.
Tu rêve !
Le trou n'est pas si profond
qu'il ne laisse qu'une plaie grise et collante.
Le coup n'a pas été si fort qu'il n'a pu qu'abasourdir le dernier passant.
Les flèches venues d'ailleurs, obligent à se terrer
sous les cendres et les remblais.
Leurs pointes n'est pas si pointues
qu'elles se sont brisées au contact
des missiles à moyennes portées.

Mord