C'est fini

Alors, c'est fini. C'est fini
Pour aujourd'hui. C'est fini
Le bois. Je bois
La terre. Je m’enfouis

Dans un terrier se cache une bête,
sur son dos des poils,
sur sa tête des plumes,
dans sa gueule une part infini d'infini.

La tête. Je tète
Le chemin. Je me perd

Sur le chemin se dresse une bête,
entre ses pattes un couteau,
à son cou une assiette,
en son oreille un son audible de l'inaudible.
 
la faux. Je fauche 
La branche. Je me pend

A la branche s'accroche une bête,
dans son ventre un pieu,
dans  ses poumons une chaine,
sur ses pupilles, le reflet visible de l'invisible.

Sur le chemin de la maison, les branches des hêtres ont bourgeonné,
des chatons miels et vanilles s'allongent, puis tombent à terre
tapissant d'un tapis miel et vanille l'ombre du soir et la lumière du matin.


Jamais

Jamais pensé, à sa façon
Jamais posé, à sa façon
Super pensé, tu le voulais
Super posé, tu le voulais
pesé, reposé.
 
Les garçons et les filles
Les loups et les chiens
Les herbes et les pierres
Des pieds et des mains, dans la boue, sans pied et sans main.
 
Les garçons et les filles pensent à leur façon
Les loups et les chiens le font à leur façon
Les herbes et les pierres le voulaient elles
le chamboulement, le grand remplacement
des grottes par des crottes
des trous par des croutes
des crevasses par des excréments
des parcelles chahutées à l 'obus de mortier
par du mortier de ciment pour recoller
les morceaux éparpillés.

Encore une heure

Garçons et filles doivent savoir poser des pièges
Encore une heure et, hop, au boulot.
Garçons et filles, apprennent à charger des remorques
Encore une journée et, hop, au lit.
Garçons et filles peuvent croire aux mirages de l'air
Encore une minute et, hop, au bain.
Chacun avec pour seule culotte, une culotte.
Chacun avec pour seule capote , une capote.
Ne répétons pas les mots et les sons jusqu'à l'épuisement.
Cherchons par où les balles vont passer
Cherchons par où les obus peuvent tomber.
Cherchons sous la dalle les traces des êtres évanouis,
des êtres enfouis, des êtres rêvés,
des âmes errantes, des âmes perdues.
Et moi, garçon ou fille piégeant des oiseaux,
remorquant des linteaux, franchissant des eaux,
le ventre tordu, la vessie enflammée
l'alcool n'a pas calmé mes hallucinations et mes désirs de serrer très fort
le gros colon et le petit appendice.


J'ai vu

J'ai vu quelqu'un
Un bâton à la main
Un clou au bout du bâton
Une épine rouillée enfoncée dans le clou.
Un tube dans la main
Un œil au bout du tube
Un épingle oxydée enfoncée dans l’œil.
Une pierre au creux de la main
Une cible au bout de la pierre
Une épée émoussée enfoncée dans la cible.
Nous avons vu une foule
recevant des troncs sur la tête
la tête éclatée sous les grumes
des coups résonnant si forts jusqu'aux racines.
Recevant des couteaux sur la peau
la peau écorchée par les lames
des lames sifflant si vite jusqu'au manche.
Recevant des pluies sur le dos
le dos noyé dans les tombereaux 
des tombereaux grinçant si lourd jusqu'aux essieux.
Vous avez vu une armée
perchée en haut du clocher
perchée en haut du poteau
perchée en haut  du toit.
Sur mon arbre perché je n'ai rien oublié
je n'ai rien oublié de mon voyage à l'étranger
je n'ai rien oublié de tes baisers.



L'infini

L'infini des pattes de loup.
Encore une histoire de peau sous la peau,
une histoire de première goutte de sang
de boyaux tordus.
L'infini des pattes de mouche.
Encore une histoire de mots sur des mots,
une histoire de trace de crayon asséché
de réservoir fondu.
L'infini des pattes de crabes,
encore une histoire de tasse dans des tasses,
une histoire de tablier mis à l'envers
de collecteur perdu.
Il en reste si peu de ces bombes
qui atteignent le sol
et tant de ces mines enfouies 
au creux des aisselles, au creux des assiettes creuses
au creux des taupinières.
Il en reste tant de ces filtres
qui emplissent le vide
et si peu de ces entonnoirs
au cou des hallucinations, au cou serti d'or cousu 
au cou des girafes.

 


C'était un bon jour

C'était un bon jour
Je me suis assis sur une pierre
Sur une pierre avec de la mousse et du lichen.
C'était un bon jour
Je me suis assis sur une pierre
Sur une pierre recouverte de lierres et de fougères.
C'était un bon jour
Je me suis assis sur une pierre
Sur une pierre envahie de fourmis et de cloportes.
Mon âme s'est évaporée 
au-delà du rideau de fumée
un long serpent grimpant vers l'averse sous la pluie
au-delà de l'écran de fumée
une souple liane aux stolons collants vers l'arbre sous la canopée.
Il y a surement d'autres photographies, des retours en arrière, des stop and go,
de la neige artificielle pour cacher la pierre 
et ensevelir les petits scolopendres  sur la pente.
Il y a surement d'autres gravures gravées sur le rocher surplombant la rivière
où viennent s' abreuvoir la gazelle et le léopard.
Il y a surement quelque-part une trace écrite de cette digestion incontrôlée,
immense trou béant,
l'eau avait alors forgé ce précipice,
puits sans fond,
au fond une ampoule artificielle attire
les insectes volants
les mammifères volants,
les oiseaux volants,
les poissons volants,
les reptiles volants.

C'est le moment


C'est le moment
Trop tard, trop tôt.
C'est le moment d'engager la conversation
baragouiner, bredouiller, rentrer bredouille
la main dans le sac de courses plein de courses
lait, beurre, farine, papier absorbant, pot.
Rentrer bredouille maugréant des gros mots
à l'encontre du passant plein de sacs de courses
bière, journal, petit pois, carotte, tube.
Renter bredouille grognant le cou tordu 
après les chariots plein de courses
chemise, crème épilante, pâte, ampoule, paquet.
Revenir plus tard
Repartir plus tôt
C'est le moment de parler peu de choses signifiantes
âge, temps, colère noire, devoir, mal.
C'est le moment d'évoquer la dépression sous-jacente
peur, fil, jour, eau chaude, heure.
Rentrer plus tard
Sortir plus tôt
Je me force à aller jusqu'au bout
Je me répète tout le temps jusqu'au bout
Je ne lâche rien du tout jusqu'au bout.


Mord