Ils sont la

Ils sont la un moment, puis plus-la.
Un moment la, puis, plus la.
Le passage à l'acte étroitement surveillé.
Le col de Roncevaux franchi, jeté par dessus la muraille.
La brèche de Roland éparpillé dans le quartz et le feldspath,
dans le mica et le basalte,
dans la lave et le verre.
Les grains grattés érigent des gués
parfois inondés d'humeur vagabonde,
parfois ensevelis sous un trouble du langage,
parfois engloutis dans un état d'âme.
Le moment est instable
l'onde de choc imprégnant les parois
nous nous trouvons pièges.
Sens écartelés pour manger à l'heure dite.
Sens de la formule sensée expliquer tes errements.
Dis encore si tu as  bien compris la position instable du corps
penché au-dessus du parapet,
gorge profonde, rire en écho aux chants des oiseaux, miroir inaccessible .
Dis encore, si tu as bien entendu le froissement des plis de ta veste
accrochées au parapet,
Tube inséré au fond du tuyau, chant de prière, champ de pierres.
Dis encore, si tu as bien saisi par le pouce et l'index le bord du parapet,
semelle de plomb, méandre ondulante, jardin fleuri de roses et de lilas.



Le champ de bataille

Le champ de bataille, bataille.
Je viens te chercher après la bataille.
Que se passe t'il.
Des boues, des vases, des cloaques.
Le reflet des sangs sur les cuisses
Le reflet des sangs sur les paupières.
Que se passe t'il.
Le champ de bataille,
terres labourées, rangs de navets, flaques irisées.
De l'eau jusqu'aux genoux, du froid jusqu'aux mollets, 
des crissements de bêtes.
D'où nous sommes de l'eau, du froid, 
des cris de bêtes mordant nos genoux, orteils gelés, froid mordant.
Que se passe t'il.
Des bruines, des brouillards, des crachins.
La trace des éclats sur les ventres
La trace des éclats sur les fronts.
Le champ de bataille,
terres brulées, rang d'haricots, flaques nacrées.
Des grêlons jusqu'aux cous, des flocons par dessus les cheveux,
des chants d'animaux.
D'où nous sommes des collines, des forêts,
des chants d'animaux montants des terriers, mains glacées, brulures.


Il faut attendre

Il faut attendre encore un peu
Attendre des nouvelles, meubles sans pieds,
pichets sans anses, ne rien avaler de travers.
Attendre la fin du délai.
La destruction des poussières, bloque.
Bloquer, la cavité creuse.
Creuser, les liquides lymphatiques
éteints malgré le coma continu de cette nuit interminable, dormir mort.
Parcourir l'actualité, casseroles sans manche, 
chaussures sans lacets, se servir dans le plat.
L'anéantissement du reste des résidus, bloque.
Bloquer, la bombe engorgée.
Percer, les matières granuleuses
détruites dés le degré zéro de l'échelle
en bas de l'échelle, grimper échelon.
Regarder sa route, chemises sans bouton,
lits sans drap, effacer des torchons les taches.
L’éclatement des miettes éparpillées, bloque.
Bloquer, la mie tranchée,
casser, les croutes terrestres
effacées de la surface des choses
de ces choses si personnelles, ratisser touche.

De la pousssière

De la poussière noire, tout va bien.
Des fumées grises, tout ne vas pas si mal.
Tu ne dis plus rien.
Du voile blanc, tout est sous contrôle.
Tu n'as rien fait hier soir.
Les gémissements couvrent le cliquetis des ciseaux..
De la poussière noire étendue sur le plan de travail.
Des fumées grises répandues au-delà du tiroir.
La plaie cicatrisera quand les chairs remonteront
du fond de la casserole.
Du voile blanc, remplacerons nous nos vieilles dents ? 
Tu n'as rien mangé hier soir.
Le crissement des cuillères, le couinement des mâchoires
nécessitent une organisation impeccable
afin de maintenir une propreté parfaite.
La plainte s'arrêtera aux désirs de perfection
quand bien même tout sera exactement
rissolé et braisé aux petits oignons.
Quand bien même leurs chairs roses et délicates
bruniront sous l'effet des chaleurs.
Quand bien même venues du sud
elles emporterons les souffles et les désirs.

Je m'en vais

Je m'en vais mettre mes chaussures et un vieux pantalon.
Je vais m'habiller de cicatrices et de démangeaisons.
Qu'as-tu, avec ton coutelas à vouloir me tailler une veste contre-faite,
à vouloir me chercher des poux dans la tête.
Je vais m'habiller de plaies et de boutons.
Avec la scie égoïne, partageons nous la peau de l'ours,
nous nous vêtirons de gangrène et d'altérations.
Il ne reste plus grand chose, 
les muscles ont fondu,
les os sont brisés,
la cervelle éparpillée.
Il me reste les jambes pour courir,
les mains pour attraper,
le ventre pour gonfler,
mon slip pour me cacher.
Sur ce grand lit, plus un poil, plus un fil, des râles d'agonisants,
les lumières s’allumant, les lumières tentent d'apaiser
ces moments d’éternité évacués les pieds devant,
nous laissant à la merci des évacuations,
un morceau de viande sang sans les nerfs et les tendons,
l'odeur de la putréfaction remontant de la bouche d'égout
dégoulinant.


Faire la liste

Faire la liste,
aérer les casseroles,
limiter l'humidité dans le placard.
Je compte les ronds et les serviettes
J'essuie les taches et les gouttes
Je goutte le fond du ramequin et les bords du fait-tout
Ils n'ont pas besoin de savoir le pourquoi ni le comment,
tout s'est enchainé si rapidement,
dès le premier bouillon et le premier coup de torchon.
Plus sensible la peau de la main sur la surface sensible du plateau,
où ne pousse que quelques rares lichens et autres primitives scolopendre.
Plus sensible, la peau du cou sur le coton doux du manteau,
où ne pend que quelques rares lierres et autre informe épigés.
Reprendre, encore, le fil du jour,accroché entre les éléments, les prises, les lumières. 
Prendre l 'interrupteur et l'escalier à l'envers afin d'apercevoir
derrière le rideau entre-ouvert, les paysages
des hauts, des plats, des creux
avec leurs ruisseaux bouillonnants de bulles,
leurs forêts crépitantes d'épines,
leurs pierrailles grillantes d'éclats.


Trop facile

Trop facile, même à un contre un,
même contre le mur, le dos au mur,
dans le ruisseau un engorgement à la limite du débordement.
Contre le mur, les mains dans le dos,
sur le parapet une obstruction presque étouffante.
Contre le mur, les pieds au bord du vide,
sous la voute céleste un épanchement quasiment sidérant.
Il faut qu'elles respirent le drap tendu, obscurci,
sous le drap tendu, elles respirent.
Il faut qu'elles respirent, elles ne s’inquiètent pas
des danses sur un pied, des sauts sur les mains, des tours sur le dos.
Elles ne s'en inquiètent pas du vide sidéral,
d'où s'échappent les fumées d'alertes,
impossibles à déplacer vers le couchant,
les immenses rayons transperçant l'obscurité pour encore quelques instants.
Sous le drapé, la peau se dévoile transpirante
éteignant les brulures de la nuit, alors que toujours au loin
le feu couve, les braises consument les carapaces,
les petites bêtes courent de trou en trou.

Mord