Si tu tombes

Si tu tombes sur une bête volante
Au fond de la boite
Au fond du tiroir
Au fond du coffre
Si tu tombes sur une bête mordante
Au fond du trou
Au fond du terrier
Au fond de l'antre
Si tu tombes sur une bête sautante
Au fond du bois
Au fond du bosquet
Au fond du fourré
Si tu tombes sur une bête morte

Mon chemin

Mon chemin faisant
Dans la vallée une bataille
J'ai pris mon sabre et mon revolver
Dans la combe une bataille
J'ai pris mon fusil et ma baïonnette
Mon chemin faisant
Sur la colline un combat
J'ai pris ma grenade et ma roquette
Sur le coteau un combat
J'ai pris mon char et mon automitrailleuse
Mon chemin faisant
Entre les hautes herbes et les cailloux pointus
Entre les miroirs d'eau et les ombres géantes
J'ai pris mes pieds, mon cou, mes jambes
Mes boyaux et le tire-boyaux.

Les chemins

Les chemins ne peuvent se creuser
Dommage
Les routes ne peuvent se croiser
Dommage
Même si, même si, même si
Sous la surface creusent
Des taupes, des tatous
Même si, même si, même si
Sous la surface se croisent
Des limaces, des lombrics
Même si sous la surface
des fourmis, des araignées

Coincé

Coincé
Un cri profond des profondeurs
Coincé sous
Un cri profond des gouffres
Coincé au fond
Un cri profond des abysses
La pierre tombe
Le bloc tombe
Le mur tombe
Mes phalanges tombent dans la profondeur
Mes orteils tombent dans le gouffre
Ma boite crânienne tombe dans l'abysse

Le dernier jour

C'est le dernier jour
Le dernier jour avant le lever du jour
Il fait encore nuit la nuit ne sort pas de sous mon lit
J'attends la fin de la nuit sous mon lit
La fin de la nuit perdu sous mon lit
C'est le denier jour
Le dernier jour avant la fin du jour
Il fait encore nuit la nuit ne sort pas du fond de mon lit
J'attends la fin de la nuit au fond de mon lit
La fin de la nuit perdu au fond de mon lit

Contrôle général

Contrôle général
Rassemblement général.
Je porte sur moi une chemise à carreaux
sur la tête un chien récitant
un poème de J.-B. Tati Loutard.
Je porte sur moi une peau de léopard
sur la tête un canard récitant un poème de Niyi Ousundaré.

Imagine vouloir ranger taille, pointure dans le bon tiroir.
Imagine essayer enfiler manche, col dans la cabine.
Imagine oublier venir chercher la caisse de vêtements.
Si tu tombes sur un bête morte au fond de la boite,
des pattes, des doigts, des ongles.
Au fond de la caisse des tissus à carreaux
et une fourrure de marsupiaux.

Enfile ta culotte, avale une tranche de saucisson,
psalmodie : "sur la tête, sur la tête ...."
Repens toi en invectives, promets la fin du monde.
Prends moi avec toi dans ton carrosse doré,
nous irons par monts et par champs,
justes couverts d'un drap aux couleurs des primevères,
des bagues d'ambre aux doigts,
des colliers de nacre au cou.

Question

Question de taille
Problème de taille
Sur le billot, la tête n'est pas tombée aussitôt décapitée.
Dans le fumoir, les côtes n'ont pas séché aussitôt suspendues.
L'étal, du sous-vide.
A l'étal, les pieds dans le sable .

Dans la rue, passant devant les vitrines
est apparue miraculeusement la figure sacrée d'une sainte
la tête sous le bras,
les pieds en éventail,
posant la question de la pierre et du mur,
du clou sous les côtes,
une épine pour cautériser,
puis le signe qui te change en herbe séchée.
Sur le trottoir, la démarche n'est pas trop affirmée.
Dans le caniveau, la cavalcade n'est pas trop maintenue.
Le placard, du stérilisé.
Au placard, les derniers inutilisés.

Dans la rue, en passant devant les vitrines
a surgi soudainement la photographie surexposée d'un damné
les mouvements inefficaces,
rangement dérangé sur les étagères,
posant la question du ciel et de l'enfer,
une phrase pour mentir,
puis la certitude qui te change en statue de fer.


Mord